Depuis au
moins l’avènement de l’approche communicative, mais bien avant dans le cas de
certaines approches, on évoque l’espace de la salle de classe comme un lieu de communication
réelle. L’emploi des documents authentiques et la proposition des jeux de rôle,
incontournables à partir de cette période, en témoignent. Avec la perspective
actionnelle, nous avons non seulement l’entrée des documents authentiques en
salle de classe, mais la nature même des situations et des interactions en
salle de classe qui doivent faire preuve d’authenticité. Il s’agit de
savoir-faire, savoir-apprendre, savoir-être… voire « savoir-vivre »
en langue étrangère, d’agir en tant qu’ « acteur social », pour
reprendre les termes du CECRL (Conseil de l’Europe, 2001).
Cependant on
oublie souvent que la salle de classe, par son statut et sa configuration, est
un lieu de fiction par excellence. Comme nous le rappelle Cicurel (2011 :
55),
De l’interaction
didactique, dont on a vu qu’elle avait une finalité sérieuse, utilitaire,
s’exprimant par la volonté de partager des connaissances, voire de les imposer,
on sera peut-être étonné de découvrir qu’elle puisse admettre une dimension
fictionnelle.
En suivant
le même raisonnement, Francine Cicurel (2011 : 55) souligne par la suite
que,
- si d’un
côté, il s’agit d’une interaction finalisée, cadrée, entre des interactants
ayant à tenir des rôles sur lesquels pèsent les contraintes du cadre
institutionnel et la représentation que chacun se fait de ses
obligations ;
- d’un autre
côté, du fait qu’il s’agit d’une langue à apprendre et que l’un des moyens
d’enseigner/apprendre une langue est de reproduire des situations dans
lesquelles cette langue est utilisée, on observe l’émergence de « pratiques
imaginatives ». La communication didactique dans le cas de l’enseignement
d’une langue convoque la dimension de l’imaginaire dans les productions
langagières.
En effet,
qu’il s’agisse de faire écrire ou de faire parler, comme nous le montrera José
Carlos da Cunha, dans la salle de classe nous sommes toujours soumis à deux
situations de communication (ou deux plans énonciatifs) incontournables :
celle du contexte d’apprentissage, de la salle de classe, dans lequel
l’apprenant assume le rôle d’apprenant qui est là pour apprendre une langue,
poser des questions, faire des activités proposées par l’enseignant,
etc. ; et celle du contexte auquel on fait référence, celui qui est
l’objet d’apprentissage, qu’il s’agisse de faire comme si, dans un jeu de rôle, ou de faire agir véritablement, comme l’on prétend dans la perspective
actionnelle. Justement, comme le souligne Cicurel (2011 : 65) : « faire comme si, imiter, avoir recours à des
artifices imaginaires sont des moyens que l’on peut mettre au service de
l’apprentissage ». Autrement dit, selon cette auteure, lors de l’enseignement d’une langue
étrangère, des situations quotidiennes sont configurées par le biais de
fictions (Cicurel, 2011 : 65).
Lors de notre XIe Journée de
Formation : La classe de FLE :
espace de fiction ou de réalité ?, c’est justement ce paradoxe, si vivant
dans nos pratiques de salle de classe, que nous aimerions aborder et mettre en
discussion.
Venez tous participer à ce débat… réel !
Bibliographie :
Cicurel, Francine. (2011). Les interactions dans l’enseignement des
langues : Agir professoral et pratiques de classe. Paris :
Didier.
Conseil de l’Europe. (2001). Cadre Commun Européen pour les langues.
Paris : Didier.